Lundi 30 novembre 2009
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Mettre fin à la faim, par Marc Dufumier
Une fois encore, le 16 novembre prochain, la FAO a organisé un sommet mondial sur la sécurité alimentaire. Nos chefs d'Etat et de gouvernement ont-ils eu cette fois-ci la sagesse et le courage de
prendre les décisions destinées à pouvoir éradiquer définitivement la faim et la malnutrition, ce fléau qui affecte toujours plus d'un milliard de personnes sur notre planète ?
Un premier constat s'impose : c'est bien la pauvreté qui est à l'origine de la faim et non pas un manque quelconque de produits alimentaires à l'échelle mondiale. Il faut en effet produire
annuellement 200 kg de céréales ou leur équivalent en tubercules et autres produits amylacés (bananes, fruits à pain, etc.) pour pouvoir nourrir correctement un habitant. Et nous en produisons
déjà en moyenne plus de 300 kg ! Mais les populations les plus pauvres ne parviennent pourtant pas toujours à se les procurer sur le marché international, faute d'un pouvoir d'achat suffisant,
alors même que des quantités croissantes de céréales et protéagineux trouvent preneurs auprès des fabricants d'aliments du bétail et des usines d'agrocarburants. Ainsi en est-il chez nous des
personnes qui fréquentent les "restaurants du cœur". Et ainsi en est-il aussi et surtout des millions de personnes sous-alimentées dans les quelques grands pays du "Sud" qui exportent leurs
surplus de grains et de viandes sur le marché international : l'Inde, le Brésil, l'Argentine, etc.
Le paradoxe est que pour plus des deux tiers, les pauvres qui ne parviennent toujours pas à s'alimenter correctement sont des agriculteurs. Et à y regarder de plus près, le dernier tiers est
constitué de populations autrefois agricoles qui, faute d'être compétitives, ont dû quitter prématurément les campagnes et s'entasser dans des bidonvilles sans y trouver pour autant des emplois
rémunérateurs. La Banque mondiale finit elle-même par reconnaître qu'il conviendrait de créer de toute urgence les conditions qui permettraient aux paysanneries pauvres du "Sud" de vivre et
travailler dignement dans leurs propres "pays", en y développant durablement leurs agricultures, tout en s'adaptant à l'inéluctable réchauffement climatique.
Il existe en fait d'ores et déjà de nombreuses et diverses techniques agricoles, inspirées de l'agro-écologie, qui permettraient à ces paysanneries d'accroître progressivement leurs productions
et leurs revenus, en faisant un usage toujours plus intensif des ressources naturelles renouvelables (l'énergie lumineuse pour la fabrication des calories alimentaires, l'azote de l'air pour
l'élaboration des protéines, les éléments minéraux du sous-sol, etc.), sans coûts majeurs en intrants chimiques et carburants fossiles, et avec pour effet de fixer du carbone dans la végétation
et les sols. Mais encore faudrait-il qu'elles puissent dégager dès maintenant les ressources financières qui leur seraient nécessaires pour accroître sensiblement le volume de biomasse sur leurs
parcelles, associer davantage l'élevage à l'agriculture et enrichir ainsi les terrains en humus.
La question est de savoir comment ces paysanneries pauvres du "Sud" qui travaillent encore exclusivement avec des outils manuels et ne peuvent toujours pas avoir accès à la traction animale et
aux engins attelés (charrettes, charrues, etc.) pourraient aujourd'hui résister à la concurrence des plus grandes exploitations agricoles du monde, déjà dotées d'équipements motorisés :
tracteurs, motopompes, moissonneuses-batteuses, robots de traite, etc. Les écarts de productivité et de revenu du travail entre ces deux catégories d'exploitations agricoles sont en effet
d'environ 1 à 200. A quoi s'ajoute le fait que ce sont les agriculteurs des grands pays exportateurs qui perçoivent aujourd'hui le plus de subventions.
Ne conviendrait-il donc pas d'autoriser les populations du "Sud" déficitaires en aliments de protéger leurs agricultures vivrières de cette concurrence en conditions si inégales par des droits de
douane conséquents, comme l'Europe a pu elle-même le faire avec efficacité au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ? De tels droits de douane contribueraient à accroître le prix des produits
alimentaires sur les marchés intérieurs, avec pour effet de garantir assez vite une plus grande rémunération et une certaine capacité d'investissement à ceux des agriculteurs qui parviendront à
vendre quelques surplus sur ces marchés : une mesure bien plus efficace que les aides publiques au développement, qui ne bénéficient que très partiellement aux paysanneries les plus reculées. Les
ressources fiscales engrangées par ces mesures aux frontières pourraient alors financer l'organisation de chantiers à haute intensité en main-d'œuvre et créer ainsi des emplois productifs et
rémunérateurs, avec pour effet d'assurer des revenus croissants aux populations rurales et urbaines qui se retrouveraient contraintes d'acheter plus cher leur nourriture.
En cette période de crise mondiale, et lors de la conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique, nos chefs d'Etat et de gouvernements seront-ils à même de répudier le dogme du
soi-disant "libre-échange" et de renoncer aux projets d'accords commerciaux en discussion au sein de l'OMC, dont les effets seraient d'exposer les paysans pauvres du "Sud" à une concurrence de
plus en plus forte dans des conditions de productivité on ne peut plus inégales ?
Par Alexa
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Jeudi 26 novembre 2009
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2009
13:00
Après une nuit toujours aussi ronflante, je me fais réveiller
doucement par le jour et par les bruits d'un "campement" qui se réveille. Après une petite douche dans la case de passage... oui, nous avons dormi à côté d'une case de passage. "Et pourquoi vous
n'avez pas dormi à l'intérieur?" Parce qu'il faisait trop CHAUD! et c'est tellement plus agréable de s'endormir en comptant les étoiles... Je disais, après une douche, un p'tit poulet grillé, en
route pour rendre visite au gouverneur du Batha. Quel bavard! Ensuite nous avons pris la route pour Djedda. Le paysage change déjà. La végétation se fait moins dense. Nous entrons dans le
Sahel. Après une visite aux autorités administratives et coutumières (encore...), nous sommes allé visiter quelques puits pastoraux.
Pour vous donner une idée de l'impression que ça fait. Imaginez une terrain plat, plat plat. Rien autour de vous ou presque. Vous roulez, roulez. Et à l'horizon vous voyez un attroupement,
un nuage de poussière. Plus vous vous approchez, plus l'attroupement vous parait grand. Puis vous arrivez à voir que l'attroupement est en fait constitué d'animaux. Et au centre, quelques petits
hommes... je dis petits, mais ils ne sont pas particulièrement petits, mais ils paraissent petits devant ces troupeaux de plusieurs milliers de têtes. Ces hommes puisent. Les puits pastoraux font
plus de cent mètres de profondeur. Les éleveurs s'aident de la traction animale pour remonter l'eau.
Ils puisent l'eau et les bêtes s'empressent de soulager leur soif. Il ne faut pas que toutes les bêtes viennent boire en même temps sinon, elles se battraient, elles se blesseraient. Eloignés
d'une centaine de mètres, des troupeaux assoifés attendent leur tour.
Le soir, nous nous sommes dirigés vers Assinet, où l'équipe d'un second projet d'hydraulique pastorale, sur une zone voisine devait nous rejoindre. La journée s'était passée sans problème et je
pense que c'est pour ça que nous avons eu droit à une petit crevaison avant d'arriver.
Nous sommes arrivé de nuit à Assinet et nous nous sommes installés dans la cour d'un centre de santé. Encore une nuit à la belle étoile, sous le doux vent du sahel en cette saison... et une nuit
beaucoup moins ronflante : j'ai changé de voisins de campement!
Par Alexa
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Mercredi 25 novembre 2009
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2009
07:58
Nous avons continué la route vers le nord en direction de Koundjourou, un village au bord du Batha, un grand oued traversé chaque année par des centaines de milliers d'animaux en début de saison
des pluies, en route vers le nord, vers de vastes pâturages, sans concurrence avec les agriculteurs... bon avan d'y arriver, nous avons dû traverser un petit oued et la traversée nous a été
fatale...
Sur les 5 véhicules qui composaient la mission, 4 se sont embourbés. Le seul qui ne s'est pas emboubé, c'est Super Moussa! Après 1 heure de travail de désensablement et de désembourbement, nous
décidons d'abandonner lâchement une partie de la mission et de continuer notre route jusqu'à Koundjourou. Ils ont mis plusieurs heures à sortir les véhicules, en plein soleil, et à nous
rejoindre.
Avant d'arriver à Koundjourou, il nous a fallu traverser le Batha... et il restait un peu d'eau. Méfiants, deux membres de la mission a préféré faire une traversée à pied pour être sûre que le
sol n'était pas meuble.
A Koundjourou, nous avons pu rencontrer les autorités locales, apprécier de l'eau fraiche et un repas traditionnel : la boule. Une pâte de mil et une sauce à base de viande et de légumes arrosés
d'un coca presque pas chaud :-). La nuit était quasiment tombée quand les voitures ensablées sont arrivées. Nous avons poursuivi notre route jusqu'à Ati où nous avons passé la nuit... à la belle
étoile...
Par Alexa
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Mardi 24 novembre 2009
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2009
19:09
Après une nuit... ronflante, réveil au petit matin. Au menu pour le petit dej'? Poulet rôti. Et pourquoi pas? Faites moi confiance, en brousse, on ne sait pas quand sera le prochain repas,
alors prenez en aussi. Sinon, vous pouvez aussi prendre du pain et du miel sauvage (ce n'est pas le miel qui est sauvage, hein, mais les abeilles qui le font!). Départ pour la brousse, cap plein
nord. Nous remontons un couloir de tranhumance (Mourhal en arabe) signalé par des
balises
en béton avec un magnifique logo de l'AFD et de la coopération française. Vachement utile quand on sait qu'au moins 80% de la population de sait ni lire ni écrire et cette proportion doit être
encore plus élevée parmi les transhumant qui ont difficilement accès à l'éducation du fait de leur mobilité. Mais bon, c'est l'ambassadeur qui a demandé, alors, si c'est l'ambassadeur qui a
demandé, on fait et on discute pas!
Sur la route, nous croisons un troupeau de chameaux... euh abus de langage, de dromadaires. Les femmes et leurs enfants montent les animaux dans des gor, de réelles maisons ambulantes.
Vous noterez sur la dernière photo à droite, la chèvre SUR le
dromadaire :-).
Par Alexa
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Lundi 23 novembre 2009
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2009
10:39
La semaine précédent l’arrivée du chef de projet, j’avais le téléphone greffé à l’oreille, entre les rendez-vous à prendre à N’Djamena et la logistique à régler
pour le départ sur le terrain. Après 2 jours de réunions à N’Djamena, nous partons le mercredi matin. Départ 8h ? Le temps de rassembler tout le monde et de faire un dernier check sur le matériel
et de faire un détour par la seule boulangerie « française » de N’Djamena, comprenez, la seule où on trouve des viennoiseries, nous voila enfin sur la route de Mongo, au cœur du Tchad. Après
quelques heures de routes, nous arrivons à Bokoro où nous faisons une petite pause pour manger de la viande grillée. « Alexandra, tu as intérêt à aimer ça, parce que tu ne vas manger que ça
pendant une semaine ! ». Un grand plat de viande coupée en petits morceaux, une coupelle d’un mélange de piment et de gingembre, du citron. Mmh. Le tout arrosé d’un coca.
Nous reprenons la route. Alors que nous sommes au mois d’octobre, quasiment à la fin de la saison des pluies, nous essuyions une sacrée pluie. La piste entre Bokoro et Mongo est en cours de
bitumage, nous devons donc utiliser une déviation… c'est-à-dire rouler sur une pseudo-piste à 50 m de la vraie piste. Je vous laisse imaginer. Déjà qu’une piste ponctuellement entretenue et bien
tassée est rapidement impraticable en saison des pluies, alors une piste improvisée à peine tassée ! Nous avons slalomé pendant une bonne heure entre les camions embourbés ou en travers de la
route, bien trop lourds et mal équipés pour traverser une zone si boueuse. Finalement après encore quelques heures de piste en plus ou moins bon état (plutôt moins que plus !), nous apercevons le
massif du Guéra. Bon, rien à voir avec les Alpes, mais dans ce pays plat comme une semelle de chaussure de voir apparaître d’un coup une petite montagne de granite… petite, petite, ça doit quand
même pas évident de grimper tout là haut.
Au crépuscule, nous arrivons enfin à Mongo. Après une séance de travail avec l’équipe du projet Almy Al Afia (de l’Eau pour la paix en Arabe Tchadien), nous allons rendre visite à Monsieur le
Gouverneur, représentant de l’Etat dans la région et apparemment proche d’Idriss Déby. J’en veux pour preuve qu’à peine quelques mois après son arrivé dans la région du Guéra, il a réussi à faire
débloquer les fonds pour rénover le gouvernorat, c'est-à-dire son logement et ses bureaux. La performance est assez rare pour être relevée. Il promet de peser de tout son poids pour que
l’administration facilite l’instruction du futur projet que nous allons financer dans la zone. On verra bien s’il tient sa promesse (une promesse n’engage que ceux qui y croient…). Le soir, dîner
sur la natte. Nous sommes une vingtaine à manger autour de grands plats, agenouillés, en mangeant à la main, sous les étoiles. Un moment simple de partage. (Soupir) ça m’avait manqué !
Le lendemain matin, on me demande si j'ai déjà vu la Reine du Guéra. Je réponds," Ah bon, il y a une reine ici?". On m'a emmenée la voir...
C'est elle la Reine du Guéra, un femme enciente, une montagne... comme vous voudrez... :-)
Par Alexa
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